Jamais autant de patrimoine n’aura changé de mains. Mais l’héritage arrive souvent trop tard.
Donations, donation-partage, assurance-vie : comment préparer la grande transmission en pensant à trois générations plutôt qu’à une seule.
Bien transmettre, c’est d’abord se demander en famille à qui ce capital sera le plus utile. La fiscalité vient ensuite : elle récompense ceux qui anticipent.
Avec l’allongement de la vie, on hérite de plus en plus tard, à un âge où l’on en a rarement besoin. Donner tôt, utiliser plusieurs fois les abattements et penser directement aux petits-enfants permet de transmettre au bon moment, et à moindre coût.
Un capital considérable, qui arrive trop tard
décès par an attendus en 2040, contre 650 000 en 2025, avec l’avancée en âge des baby-boomers
du patrimoine des Français est hérité, contre 35 % au début des années 1970
le délai au terme duquel les abattements sur les donations se reconstituent
Sources : Ined, France Stratégie, Code général des impôts.
Les besoins les plus forts se situent entre 30 et 45 ans : acheter sa résidence principale, élever ses enfants, créer ou reprendre une entreprise. C’est précisément l’âge auquel on hérite le moins. Celui qui reçoit à 60 ans a généralement déjà construit sa vie, et l’héritage vient grossir une épargne qui dort.
La transmission n’est donc pas seulement une affaire de droits à payer. C’est une question de calendrier : donner de son vivant, associer ses enfants à la réflexion et, parfois, s’adresser directement aux petits-enfants.
« Transmettre plus tôt, c’est souvent transmettre mieux : au bon moment, à la bonne génération. »
Quatre leviers pour transmettre au bon moment
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Donner tôt, et plusieurs fois
Chaque parent peut donner 100 000 € à chacun de ses enfants sans droits, et cet abattement se reconstitue tous les quinze ans, comme les premières tranches du barème. Au-delà, une donation reste taxée à 20 % au plus jusqu’à 652 324 € par parent et par enfant, quand le même patrimoine pourrait supporter jusqu’à 45 % au décès. Commencer à 60 ans plutôt qu’à 80, c’est souvent pouvoir utiliser ces seuils deux fois.
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La donation-partage, y compris au profit des petits-enfants
Elle fige la valeur des biens au jour de l’acte et évite toute remise en cause entre enfants au moment de la succession. Dans sa version transgénérationnelle, et avec l’accord de vos enfants, une partie de leur part va directement à vos petits-enfants, sans transiter par la génération intermédiaire.
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Le démembrement de propriété
Vous donnez la nue-propriété d’un bien et en conservez l’usufruit : vous continuez d’y vivre ou d’en percevoir les revenus. Les droits ne portent que sur une fraction de la valeur, et vos enfants deviennent pleins propriétaires à votre décès sans nouvelle taxation.
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L’assurance-vie
Vous gardez la disposition de votre épargne et désignez librement vos bénéficiaires, enfants comme petits-enfants. Pour les versements effectués avant 70 ans, chacun peut recevoir jusqu’à 152 500 € sans droits.
Une règle demeure : ne jamais donner au point de se démunir. Votre patrimoine doit d’abord financer votre propre vie, y compris une éventuelle perte d’autonomie.
Recevoir, c’est aussi une décision
Héritier à l’approche de la retraite, on dispose encore de vingt-cinq à trente ans d’horizon. Laisser ce capital sur des livrets, c’est le voir s’éroder avec l’inflation : il mérite une allocation construite, pensée pour soi et déjà pour la génération suivante.
Celui qui n’en a pas besoin peut aussi renoncer à la succession au profit de ses propres enfants, qui se partagent alors son abattement. Une décision définitive, à préparer avec le notaire.
Pour aller plus loinComment construire une allocation d’actifs ? →Sans descendant, la réflexion change de nature
La loi désigne alors vos héritiers à votre place, et les droits peuvent atteindre 60 %. L’adoption simple, y compris d’un adulte, crée un lien de filiation sans rompre celui qui unit l’adopté à sa famille d’origine. Fiscalement, l’adopté reste toutefois en principe un tiers, sauf cas précis : enfant de votre conjoint, ou pris en charge de façon continue pendant cinq ans durant sa minorité.
C’est d’abord une démarche humaine, qui mérite d’être envisagée aux côtés du testament et de l’assurance-vie.
Pour aller plus loinTransmettre sans enfant : testament, assurance-vie, adoption simple →Transmettre, c’est d’abord une conversation
Les outils existent, et ils sont efficaces. Mais une transmission réussie commence rarement par un acte notarié : elle commence par une discussion entre générations, sur les besoins de chacun et le calendrier de tous.
« Les familles que nous accompagnons ne cherchent pas seulement à payer moins de droits. Elles veulent que leur patrimoine serve, au bon moment, à ceux qui en ont besoin. Notre rôle est d’organiser cette transmission, en lien avec votre notaire. »
Sources
Challenges n° 917, 30 avril 2026, « À qui la manne de la grande transmission ? » (Fondation Jean-Jaurès, Ined, Maxime Sbaihi) ; Code civil, art. 1075-1 et suivants (donation-partage transgénérationnelle) ; Code général des impôts, art. 777, 779, 786, 790 G, 669 et 990 I. Législation en vigueur à la date de publication.

